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LE SKI DANS L'ARCTIQUE : MISSION KANELBØLLER

Skiing in the Arctic: Mission Kanelbøller

L'histoire de ce séjour au ski commence en 2024, par une douce matinée de juillet. La veille, nous avions disputé notre première course ensemble. Enchaînés par une corde sur l'une des innombrables crêtes du Valais, une chose était évidente : en montagne, nous formons un duo de choc. Alors, lorsque nous nous retrouvons pour un brunch bien mérité, les yeux encore brillants d'émerveillement, une idée germe entre un croissant et un cappuccino :

C. : « J'ai toujours rêvé d'aller skier dans l'Arctique… Descendre du sommet des pics gelés jusqu'à la mer, au coucher du soleil. »»

P. : «Eh bien, moi aussi !»

C. : «On termine nos projets de master en même temps… qu’est-ce qui nous en empêche ?»

 Une pause. Un regard. Un sourire. Un troisième café. Et voilà.

Comme sur des rails

Huit mois plus tard, nous sommes dans le train, prêts pour un voyage de quatre jours vers le Grand Nord. À mesure que les latitudes changent, la végétation cède la place à la neige et à la glace, et les villes aux fjords. Lors de nos arrêts à Hambourg, Copenhague, Nörrkypping et Narvik, nous gardons en mémoire les regards interrogateurs et les commentaires des passants, intrigués de nous voir transporter tout cet équipement, en avril, en plein cœur de villes où il n'y a pas la moindre trace de montagne à l'horizon.

« C'est des skis que tu as là ? » « Mais, il y a des montagnes et de la neige en Suisse, qu'est-ce que tu fais ici ?»

La version arctique de la « Vanlife »

À notre arrivée à Tromsø, nous avons loué un minibus. Notre motivation était sans limite, même si nous étions un peu inquiets quant à la météo locale et aux risques d'avalanche. C'est ainsi qu'ont commencé 20 jours d'aventure fantastique. 20 jours de neige poudreuse, de paysages irréels, de rires glacés et de souvenirs inoubliables… Non seulement nous avons réalisé notre rêve, mais la réalité l'a surpassé.

Quelques règles essentielles pour la version arctique de la « vanlife » se sont rapidement imposées :

On range les tongs dans le placard pour faire place à une doudoune, indispensable pour ce voyage. Il faut aussi manger des calories, beaucoup de calories, pour lutter contre le froid polaire. L’étagère des snacks devient un lieu sacré. Aller dans les cafés pour goûter tous les kanelbøller du Nord ? Une véritable mission.

«Un bonnet et des lunettes de soleil ?»

Notre devise. Si on enfile notre casquette et nos lunettes de soleil Glacier, ça ne peut être qu'une «ensoleillé», même quand il fait «mauvais».

 

En effet, les casquettes et les lunettes de soleil constituent une combinaison gagnante, quel que soit le temps.

Se lever tard

Habitués aux départs très matinaux au printemps dans nos Alpes, nous apprenons vite qu’ici, il n’y a pas d’horaires fixes pour le départ des courses. Si nous partons tôt, nous sommes immédiatement catalogués comme des touristes alpins. Nous adaptons donc notre rythme à celui des locaux, qui partent bien plus tard, car il fait beaucoup plus froid qu’en Suisse et les parois ne se réchauffent pas aussi vite. La règle ? Suivre le soleil et adapter son emploi du temps à l’exposition des parois. Sud ou est ? Départ matinal. Nord ou ouest ? Départ en début de soirée.

Retour aux sources : le ski, les repas… et la lessive.

Les douches nous donnent du fil à retordre. Éviers de supermarché, rivières glacées, canalisations du port… on ne manque pas d’idées. Le froid pique, bien sûr, mais quand on voyage à deux dans un van, on préfère avoir froid quelques minutes plutôt que de supporter pendant plusieurs heures l’odeur tenace de vieilles chaussettes de ski Odlo X.

Notre routine quotidienne trouve rapidement son rythme. La première chose que nous faisons au réveil, c’est d’allumer le chauffage. Il n’est pas rare que les vitres du van givrent pendant la nuit. Pendant que l’un de nous prépare le petit-déjeuner, l’autre transforme le lit en salle à manger. Quelques dizaines de minutes plus tard, nous nous réchauffons enfin en nous mettant en route, les peaux collées sous nos skis, les bonnets vissés sur la tête et les lunettes de soleil sur le nez.

Prendre de la hauteur

Plus nous prenons de l'altitude, plus le reste du monde s'estompe. Les fjords se dévoilent, la nature déploie toute sa splendeur, nos pensées s'apaisent et se transforment en émerveillement silencieux, nos études sont loin derrière nous, et l'instant présent devient notre seul repère.

Lorsque le vent se lève et que le ciel se couvre, la magie cède la place à l'hostilité. Le froid qui nous transperce nous rappelle que nous ne sommes que deux petits points évoluant dans un environnement gigantesque et glacial, à des milliers de miles des montagnes que nous connaissons. Il nous rappelle la puissance de la nature et notre impuissance face à elle. C'est alors que nous nous concentrons sur chaque pas que nous faisons.

Puis, lorsque le vent tombe, le silence règne, seulement rompu par le crissement de la neige sous nos pas. Nous sommes presque toujours seuls dans ce cadre somptueux, une étendue blanche immaculée qui brille de mille feux. Les imposants sommets givrés plongent dans l'océan glacé.

Chaque jour nous émerveille un peu plus que le précédent. Nous grimpons, nous nous émerveillons, nous nous embrassons au sommet, puis nous retirons nos peaux, ajustons nos chaussures et nous nous lançons dans une descente de rêve. La neige est vierge, fraîche et légère, les sensations pures et les émotions intenses. Parfois, nous nous retrouvons sur la plage, skis aux pieds et le cœur débordant de joie. Puis nous retournons à notre van, où nous attend une bière. Nous voilà, tous les deux, à admirer ce jeu de lumière enchanteur qui rend le ski dans l’Arctique si magique. Lorsque le soleil se couche, les montagnes se parent d’or et la mer d’argent.

Et face à ce spectacle majestueux, les émotions que nous ressentons dépassent les limites de notre vocabulaire.

Alors, on se tait.

Au-delà du ski, ce voyage est une histoire d'amitié, de gratitude, de bonheur et d'une pointe de fierté. C'est donc avec une gratitude sans bornes, le cœur débordant de bonheur, la tête pleine de souvenirs, la gorge serrée par l'émotion et les jambes bien fatiguées que, dans le train du retour, nous repensons au chemin parcouru, avec la certitude que la vie nous réserve encore de belles surprises, et surtout de nombreux sommets à gravir ensemble.

Merci Lyngen, merci l'amitié et surtout merci la vie !

Clémence et Pascaline

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