Weisshorn : versant brumeux

Nous tentons donc un vieux rêve : la face est du Weisshorn.

Nous parlons de tentative, car il n’y a aucune garantie d’arriver au sommet. Ce n’est jamais garanti à 100%, et nous avons tendance à l’oublier. En 2023 dans les Alpes, nous avons la fâcheuse impression que si tu n’arrives pas en haut du premier coup, c’est soit que tu n’as pas le bon entourage, soit que tu ne sais pas lire le bulletin météo, soit que tu n’as pas bien digéré ton ovosport. Il y a 30 ans, entre le matériel, l’information météo, les moyens de communication et la connaissance du terrain, le degré d’incertitude était bien plus grand, tout comme le côté aventureux. Voilà en gros la théorie que Nicolas Gendre et moi formulons en nous lançant une fois de plus à l’assaut, après un échec cuisant en 2021 à cause d’une tempête.



En montant, nous tombons sur Gaëtan Gaudissard avec ses lunettes Moiry brown. Cet alpiniste et skieur de pente raide expérimenté redescend du Weisshorn avec son coéquipier Lucas Boissy. Ils sont venus tourner des images pour leur nouveau film. Nous ne serons pas les premiers à skier cette face en 2023, et nous nous en moquons un peu. Il nous annonce deux bonnes nouvelles : les conditions sont bonnes et nous n'avons pas besoin d'emporter la tente avec nous : ils ont construit un igloo pour le bivouac.
Bed & Breakfast
Après une longue et magnifique traversée, nous trouvons enfin notre bed & breakfast 5 étoiles niché au col du Bisjoch. Bonne nouvelle, l'igloo est confortable et nos hôtes nous ont même laissé des lauzes comme oreillers. Mauvaise nouvelle : il neige. Nous faisons semblant de dormir pendant un certain temps, puis nous partons à 1h du matin.
Nous atteignons le bas de la face, la neige est mouillée et pas encore gelée. Nous gagnons rapidement de l'altitude et la température baisse. Le défi est de trouver le bon passage dans la rimaye qui donne ensuite accès à la face. Le flair de Nico est utile, et nous ne perdons pas beaucoup de temps. Nous sommes maintenant prêts pour une longue ascension de 1100 mètres à 50 degrés avec nos skis sur le dos. La face alterne entre mauvaise neige, glace, gobelets et brouillard, et nous croisons les doigts pour que ça se dégage une fois au sommet.

Lumière et ombre
Finalement au sommet, c'est effectivement dégagé, mais seulement côté ouest. Malheureusement, nous skions la face est, qui est pleine de purée de pois. Nous restons au sommet pendant une demi-heure, et le panorama côté ouest est époustouflant, tout comme l'ambiance, bien qu'un peu stressante. L'autre côté de la montagne est toujours enveloppé d'une épaisse couverture de brouillard, alors nous décidons de redescendre, prudemment. Heureusement que nous avons affûté nos carres.

Photo ci-dessous : descente de la face est du Weisshorn

500 mètres plus bas, le ciel s'ouvre enfin et nous profitons de la neige douce au bas de la face. Nous traversons de nouveau le glacier et redécouvrons le monde végétal. La fatigue s'installe au retour. 24 heures plus tard, nous nous retrouvons au point de départ. Malgré les conditions difficiles, ce fut une magnifique sortie, se terminant par une bière fraîche et des chips croustillantes. Et à ce stade, c'est tout ce qui compte.
Passez un bel été,
Arnaud
Vidéo ci-dessous : retour sur 24 heures hors du temps.




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